
L’éthique et l’émotion jouent un rôle significatif dans nos existences. Par ailleurs, l’éthique et l’émotion apparaissent à la fois intimement liées et en tension. Le cours examine ces deux domaines ainsi que les diverses facettes de ce lien et de cette tension.
La relation entre éthique et émotion préoccupe philosophes, théologiens et juristes depuis longtemps. Parfois, les émotions nous amènent à trahir nos valeurs et nos devoirs. Elles menacent notre rationalité et notre moralité. Pour préserver notre rationalité et notre moralité, nous devrions maîtriser nos émotions, voire éliminer les plus intenses d’entre elles.
Cette vision, en partie moraliste, est ancienne. Elle est aussi paradoxale : les émotions — même les plus intenses, comme l’amour l’est parfois — ne sont-elles pas au cœur de ce qui donne du sens à nos vies ? La nostalgie ne joue-t-elle pas un rôle déterminant dans notre façon de penser notre identité ? La peur ne nous aide-t-elle pas à réagir rationnellement face au danger ? L’indignation devant l’injustice n’est-elle pas essentielle à notre vie morale ?
Depuis la fin du XIXe siècle, des travaux de recherche influents — de la philosophie aux neurosciences — ont contribué à la réhabilitation des émotions. Ces travaux invitent à voir les émotions comme des facteurs qui motivent et guident notre rationalité et notre moralité, plutôt que comme des ennemis de ces dernières. Ils insistent également sur le lien étroit entre émotions et valeurs, lien que ce cours explorera.
Ce rééquilibrage historique reflète notre relation ambivalente aux émotions, perçues comme à la fois essentielles et envahissantes.
Le cours combinera approche théorique et examen de questions concrètes. D’un point de vue théorique, nous étudierons, par exemple, l’idée selon laquelle les valeurs sont, en définitive, explicables par nos émotions. D’un point de vue plus concret, nous examinerons, entre autres, des émotions spécifiques, telles que celles déjà mentionnées, mais aussi la fierté, la compassion et le bonheur. Nous nous demanderons d’ailleurs s’il existe des émotions pour lesquelles nous n’avons pas de noms. Dans la même lignée, le Dictionnaire des chagrins obscurs (The Dictionary of Obscure Sorrows) explore des appellations, telles que Zielschmerz ou énouement, pour désigner ces possibles « émotions anonymes ».
- Teacher: Alain Daniel Pé-Curto