« L'art est long et le temps est court », le vers de Baudelaire nous renvoie au contraste entre la durée des œuvres et la brièveté de la vie. En effet, les œuvres d'art sont des machines à voyager dans le temps, en tout cas dans une temporalité orientée : depuis le passé, vers le passé, au sein du présent ou même en faisant signe vers le futur. Certaines œuvres sont faites pour durer, et tirent leur valeur de cette pérennité. D'autres sont en partie éphémères, comme les performances musicales, théâtrales ou dansées. De façon générale, notre définition de l’art est souvent liée au désir d’intensifier l’expérience singulière du présent, voire de saisir quelque chose du contemporain, y compris dans les œuvres du passé.
Ainsi, tous les arts ne se donnent pas de la même manière dans le temps, que ce soit dans le moment de leur création, de leur manifestation ou encore dans les différents contextes de leur réception. Conçu comme une introduction à la philosophie de l'art, ce cours entend aborder certains problèmes liés à l'ontologie des œuvres, à la nature de l'expérience esthétique et à la définition du concept d'art, en les abordant sous l'angle du temps, de la temporalité et de l'historicité.
Nous nous pencherons donc sur les concepts temporels centraux – qui se voient largement reconsidérés dans la philosophie des XXe et XXIe siècles – comme ceux d’origine, d’anachronisme, de « survivance », de processus et de flux, ou encore sur les conditions mêmes d’un art dit « contemporain ».
Des lectures seront prévues pour chaque séance, et une lecture obligatoire (ci-dessous) permettra d'établir des relations parfois inattendues entre des textes et traditions philosophiques très différents, d’Aristote à nos jours, en passant par Lessing, Nietzsche, Walter Benjamin, Hannah Arendt, Aloïs Riegl ou Merleau-Ponty et Gilles Deleuze, entre autres.
Une attention particulière sera portée à l'analyse critique des œuvres, choisies dans une pluralité d'arts et d’époques, des arts visuels aux arts de la scène et de la performance, sans oublier la musique.
Lecture demandée :
- Henri Bergson, La Pensée et le mouvant (1934), Paris, PUF, rééd 2009 ou toute autre édition comportant la pagination initiale.
- Commencer la lecture de préférence par « Le possible et le réel » et « La perception du changement ».
- Une bibliographie sera distribuée ultérieurement.
- Docente: Jean Tain