En 1550, dans les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Giorgio Vasari impute le déclin de Pérugin à la réception controversée des compositions et des figures qu’il a déclinées en série tout au long de sa carrière : « Pietro [Perugino] avait tant produit, et les commandes lui venaient en telle abondance qu’il mettait en œuvre bien souvent les mêmes choses, et la doctrine de son art était devenue tellement systématique qu’il donnait la même physionomie à toutes ses figures. […] il fut extrêmement blâmé par tous les nouveaux artistes, particulièrement parce qu’il avait reproduit des figures dont il s’était déjà servi dans d’autres œuvres. »

Si, dès le XVIe siècle, la théorie de l’art livre une appréciation péjorative de la série, perçue comme une négation de l’invention artistique, Pérugin est loin d’être le seul à y recourir dans la pratique. Outre le fait que ce procédé permette aux artistes de « ne pas perdre de temps », comme le reconnaît Giorgio Vasari lui-même, quels effets, quels intérêts, quels sens, voire surplus de sens, une œuvre tire-t-elle de sa mise en série avec d’autres œuvres ? Ce cours envisage les implications techniques et théoriques de la série entre le XVIe et le XVIIIe siècle, depuis les pratiques d’atelier et l’art de la citation jusqu’au pouvoir de la répétition des formes, en passant par le « montage » des peintures et des sculptures dans les programmes du baroque romain.