« Je représenterais dans ma personne, représentée dans mes mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes, l’épopée de mon temps, d’autant plus que j’ai vu finir un monde. » C’est ainsi que Chateaubriand a défini le projet de cette œuvre monumentale que sont les Mémoires d’outre-tombe. En se mettant en scène comme la figure symbolique d’une époque marquée par des bouleversements politiques majeurs, il a transformé l’écriture de soi en une forme singulière d’écriture de l’histoire. Ce faisant, il a contribué à renouveler le genre classique des mémoires à l’aune de modèles autobiographiques modernes, en particulier Jean-Jacques Rousseau. Car le temps dont le mémorialiste romantique prétend être le « représentant » n’est pas seulement le temps chronologique des événements auxquels il a pris part ou dont il a été le témoin exemplaire ; c’est le temps historique troublé, tel qu’il est vécu dans l’intimité même du sujet qui raconte son existence. Dans ce séminaire, nous verrons comment Chateaubriand a fait de ce temps-ci la matière principale de son autobiographie. Nous serons particulièrement attentifs au fait que l’écriture de ses Mémoires a été un processus au long cours, qui a lui-même impliqué du temps (environ quatre décennies), au point de devenir l’œuvre d’une vie.