Avec le personnage de Samuel Belet, c’est bien le Premier Venu qui prend la parole, c’est-à-dire l’homme des sociétés fondées sur un principe d’égalité, qui se fraie un chemin dans l’existence, non pas même pour parvenir mais pour s’individualiser. Et puisque cette parole a une histoire, il s’agira, en posant quelques jalons, d’en retracer le parcours, des Lumières jusqu’à nous. Et puisqu’elle a une valeur politique, il s’agira d’envisager le texte en interrogeant ce travail que Jacques Rancière appelle une « politique de la littérature ». En n’oubliant pas que, chez Ramuz, cette parole a un accent, revendiqué, qu’elle est présentée comme participant d’une géographie particulière, qu’elle prétend pourtant dépasser en l’acceptant.

(Édition utilisée : C. F. Ramuz, Vie de Samuel Belet, Genève, Zoé, 2024.)