L’Europe médiévale n’ignore rien des « fake news » et autres moyens de désinformation. Que ce soit lors d’un affrontement entre États souverains, d’une guerre civile ou de la conquête de nouvelles terres, les acteurs politiques ont fréquemment recours à ces moyens rhétoriques pour faire connaître leur bon droit et délégitimer l’adversaire. Chroniques, manifestes et pamphlets nous laissent voir les arguments utilisés lors des périodes troublées pour justifier l’emploi de la violence, y compris – et souvent – à l’égard du pouvoir légitime.
À partir de textes et d’images, ce cours propose d’explorer différentes situations à travers toute l’Europe pour comprendre sous quelles formes et selon quels schémas se déployait ce que l’on peut qualifier de propagande médiévale. De l’Irlande à la Lituanie, de l’Espagne à la Grèce en passant par l’Angleterre et la Confédération suisse, nous ferons la connaissance de personnages qui ont été tour à tour victimes et acteurs de campagnes rhétoriques doublées d’une rare violence : l’empereur Frédéric II, soupçonné d’hérésie, les rois Pierre Ier de Castille et Édouard II d’Angleterre, accusés de tyrannie, le duc Charles le Téméraire diabolisé avant d’être battu par les Confédérés et leurs alliés – sans oublier les Templiers, les Chevaliers teutoniques et les Suisses eux-mêmes. Une ouverture vers Byzance, l’Empire ottoman et le Japon prémoderne nous permettra de tenter une comparaison avec d’autres contextes, en dehors de la chrétienté latine, où s’observent des mécanismes similaires de délégitimation politico-religieuse. À travers une étude des schémas rhétoriques employés de part et d’autre se dessine une pensée politique complexe, et dont les grands traits se prolongent jusqu’à nos jours.
- Teacher: Loïc Chollet