Utilisez-vous des plateformes pour commander vos repas, pour choisir votre prochain hébergement de vacances ou pour vous débarrasser de vos objets devenus inutiles ? Que vous soyez adepte ou non de ces pratiques, ce séminaire vise à vous transmettre une perspective sociologique sur deux transformations caractéristiques des sociétés contemporaines. D’une part, il s’intéresse à l'extension des plateformes numériques, en tant que dispositifs concourant à la globalisation. D'autre part, il examine les nouvelles formes de rapports sociaux engendrés par cette « plateformisation », aussi connue sous les termes « d’économie du partage » et « d’ubérisation ».
A partir de la littérature récente sur ces phénomènes, nous mettrons particulièrement en évidence les apports d’une approche en termes de sociologie des professions et des marchés. En effet, l’extension des plateformes numériques (telles Airbnb, Booking, Uber, Etsy, etc...) génère une digitalisation du travail, une reconfiguration des rapports entre les professionnels et leurs clients ainsi que des enjeux de concurrence et de (dé)régulation inédits. A travers les plateformes, la professionnalité et l’identité mêmes des professionnels (tels les chauffeurs de taxi, les hôteliers, les restaurateurs, les femmes de ménage, etc…), sont remises en question puisque tout un chacun semble désormais capable de proposer un service. Ce sont aussi les normes d’emploi et les façons de travailler qui sont en jeu, les plateformes ne se présentant pas comme des employeurs au sens juridique usuel. Face à ces processus, les réponses juridiques et politiques apportées varient selon les pays et en fonction du prestige et des ressources des groupes professionnels concernés.
Les clients-consommateurs, quant à eux, recourent aux plateformes qui leur procurent une facilité d’usage et leur permet d’accéder à des produits et services de façon plus ou moins délocalisés. Mais ils sont aussi de plus en plus contraints de passer par ces nouvelles médiations techniques qui tendent à faire disparaître les intermédiaires plus classiques.
Au semestre SA26, le séminaire examine comment les plateformes restructurent une variété de secteurs professionnels (hébergement, vêtements, restauration, transport, droit, journalisme, etc…), en s’intéressant d’une part aux particularités de ces secteurs avant l’arrivée des plateformes et d’autre part en examinant comment ces dispositifs digitaux reconfigurent ou reproduisent des rapports sociaux plus larges, notamment des inégalités entre genres, classes sociales et groupes issus de la migration. De même, il s’agit de prendre en compte les tranformations engendrées dans les espaces sociaux hors travail, comme la famille, l’urbanisme, le tourisme, etc. Ainsi les plateformes sont considérées comme un phénomène social global et non purement technologique. Dans cette perspective, une dimension encore peu explorée dans les travaux sur la plateformisation et l’ubérisation pourra aussi être étudiée : les tensions entre la généralisation des plateformes et les enjeux écologiques.
En explorant ces questions, ce séminaire traite d'une problématique contemporaine à travers un angle original : les transformations que les plateformes numériques engendrent pour les professions, pour le travail et pour les pratiques de consommation.