Selon une conception largement répandue, la fonction principale de l’écriture intime serait l’introspection et la connaissance des secrets de notre vie intérieure. Le mot même d’intime, dont l’étymologie renvoie à intimus (le superlatif d’intus), désigne bien ce qu’il y a de plus intérieur en soi, qu’il s’agisse d’une expérience spirituelle, intellectuelle, affective ou sexuelle. Or, depuis le développement considérable de la pratique du journal personnel, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, l’écriture intime ne vise plus seulement l’introspection ; elle est plus largement utilisée comme un instrument d’éducation de soi. Dans la perspective de nombreux pédagogues de cette époque, elle permet de se discipliner et de se construire comme individu social, en faisant le bilan des activités, quotidiennes ou non, qui jalonnent l’existence. C’est cette fonction éducative de l’écriture de soi que propose d’étudier ce séminaire conçu en binôme entre les Départements de Français et dHistoire. L’originalité de notre démarche résidera dans ce double ancrage disciplinaire, qui nous conduira à travailler sur un corpus composé à la fois de documents historiques et d’œuvres littéraires (de Jean-Jacques Rousseau à George Sand).